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Arrêter de fumer ne fait pas forcément grossir !

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Vous avez décidé d'arrêter la cigarette, mais vous avez peur des prendre des kilos. Heureusement, la prise de poids après l'arrêt du tabac, même si elle est systématique, est le plus souvent limitée à quelques kilos. Le point avec le Professeur Jean-Michel Oppert, Médecin nutritionniste au Service Nutrition de l'Hôpital Hôtel Dieu de Paris.

On le sait, fumer est très mauvais pour la santé ! Et s'arrêter est souvent synonyme de prise de poids dans la tête de chacun. Conséquences ? Les gens se mettent à fumer ou continuent de consommer du tabac. Comme d'habitude, ce sont surtout les femmes qui ont peur de prendre des kilos ! Certes, plus la prise de poids est importante, plus la personne s'expose aux risques de problèmes cardiovasculaires et respiratoires associés au surpoids. Mais les risques liés au tabagisme sont bien plus désastreux ! D'après différentes études, le risque de mortalité est toujours plus élevé chez les fumeurs par rapport aux non-fumeurs, et ce quel que soit le niveau de corpulence des sujets (IMC, Indice de masse corporelle). C'est en tout cas ce que rapporte le Professeur Jean-Michel Oppert, Médecin nutritionniste au Service Nutrition de l'Hôpital Hôtel Dieu de Paris suite à la 43ème édition de la Journée annuelle de nutrition et de diététique qui se déroulait le 31 janvier dernier. Une prise de poids modérée Rappelons que les fumeurs ont un poids habituel plus faible que les non-fumeurs. En général, celui des hommes d'âge moyen consommateurs de tabac depuis déjà plusieurs années est inférieur de 3 à 4 kg à celui des non-fumeurs. D'après notre spécialiste, cette différence serait plus grande chez les femmes et les sujets âgés. Mais on ne retrouve pas cette tendance chez les adultes plus jeunes ou les adolescents. " Dans la majorité des cas, la prise de poids est quasi-constante mais reste modérée. Les plus importantes (plus de 10 kg) ne touchent qu'une petite fraction de personnes, déclare le Professeur Jean-Michel Oppert. Selon les estimations, la prise de poids après sevrage est en moyenne de l'ordre de 3 à 5 kg. Apparemment, le risque de prendre des kilos est plus important suite à un sevrage immédiat et deux ans après l'arrêt. " Les sujets les plus à risque face à la prise de poids, surtout dans la période immédiate après l'arrêt du tabac, ont des profils bien précis, précise le médecin nutritionniste de l'Hôtel Dieu. En général, ils sont jeunes (âge inférieur à 55 ans), minces, ont peu d'activité physique voire pas du tout (sujets sédentaires) et fument plus de 25 cigarettes par jour ! Pas de régime alimentaire strict ! Le sevrage tabagique entraîne un déséquilibre du bilan d'énergie. Le sujet peut prendre quelques kilos surtout parce qu'il augmente ses apports alimentaires. A court terme (quelques jours à quelques semaines), l'arrêt du tabac a pour conséquence une augmentation de l'apport énergétique total de l'ordre de 200 à 300 kcal par jour. Il est encore difficile de mesure les effets à plus long terme. " Les variations d'apport énergétique se produiraient surtout dans la période allant de 6 mois à un an après le sevrage, puis retourneraient ensuite au niveau initial, indique le Professeur Jean-Michel Oppert. Seulement, on ne peut pas tout faire à la fois : arrêter de fumer et faire un régime. Le plus important pour la santé reste l'arrêt du tabac. Certes, il faut respecter des conseils généraux pour suivre une alimentation variée et équilibrée, (suite P. 66) mais pas stricts. Sinon, ces derniers peuvent devenir sources de frustration et mettre en cause le succès du sevrage tabagique ". Rappel : Avec les conseils du Docteur Etienne André, Médecin de santé publique à Grenoble, Vice-président de Tabac & Liberté, réseau de 2700 médecins motivés par la prise en charge des fumeurs.
femme sur balance
« La prise de poids après sevrage est en moyenne de l'ordre de 3 à 5 kilos. Pas plus. » La prise de poids après l'arrêt du tabac n'est pas systématique. Pourtant, le premier réflexe des anciens fumeurs est parfois de grignoter entre les repas. Ce genre de comportement traduit un besoin de compenser spontané, complètement naturel. Or, on peut prévenir ces kilos en trop à certaines conditions très précises : 1 on s'occupe de cet éventuel problème avec le patient dès le début de l'arrêt du tabac. 2 on passe un contrat à durée déterminée de 4 à 6 mois avec ce dernier pour l'application des conseils suivants. 3 il n'y a pas de régime à suivre. Il suffit simplement de corriger son alimentation en trouvant 200 à 300 kcal à supprimer par jour dans ses repas : soit deux croissants nature, ou un pain au chocolat pur beurre, ou 50 g de frites, ou deux portions de fromage... Mais il ne faut jamais sauter un repas ou se priver, mais toujours privilégier un petit déjeuner consistant. Chaque jour, on peut manger l'un de ces aliments à condition de ne pas le reprendre le lendemain. Il est également nécessaire de boire beaucoup d'eau : 2 litres par jour, de préférence entre les repas. 4 il faut augmenter ses dépenses énergétiques. Le fumeur est en sous-poids. Quand il arrête le tabac, il atteint son poids normal (poids morphologique). Cela ne veut pas forcément dire qu'il faut qu'il fasse du sport à tout prix ! Si le patient est exposé à une certaine prise de poids, il doit pratiquer une activité physique normale et surtout régulière. Autrement dit bouger dans la vie de tous les jours et éviter les solutions de facilité telles que les escaliers roulants, l'ascenseur, la voiture. A titre d'exemples : pour dépenser 200 kcal, il faut 17 min de course à pied à 11km/h, 20 minutes de natation, 30 min de foot, 60 min de marche à 5 km/h, ou 120 minutes de ménage. Objectif : se détendre et aussi apprendre à respirer. 5 même chez les fumeurs qui ne sont pas dépendants physiquement, il faut maintenir un apport de nicotine en utilisant un substitut nicotinique (patch, gommes à mâcher, timbres) adapté à ses besoins. Ce dernier sera administré à dose modérée pour les moins dépendants physiquement. 6 pour éviter le grignotage, il faut bien traiter : • les dépendances comportementales du fumeur, c'est-à-dire ses automatismes : gestes, rites. Exemple. Si le fumeur a l'habitude de prendre une cigarette avant de s'endormir, lorsqu'il arrête, il faut qu'il trouve une autre habitude pour éviter de grignoter.
fumeur
• et les dépendances psychologiques : tout ce qui est de l'ordre du plaisir ou de l'effet anxiolytique. Le fumeur qui arrête doit se récompenser de cette perte de plaisir. S'il ne prévoit rien dans sa nouvelle hygiène de vie, il risque de se ruer sur la nourriture. Pour la petite histoire, le Docteur André soigne une patiente de 45 ans qui a décidé d'arrêter de fumer il y a quelques mois. Du coup, elle s'est mise à perdre du plaisir. Sauf que depuis très longtemps, elle avait repéré une voiture qu'elle aimait beaucoup. Pour se récompenser de son arrêt et " compenser " la perte du plaisir de la cigarette, elle l'a achetée, calculant son crédit mensuel de voiture en fonction de l'économie mensuelle liée à son arrêt du tabac. Actuellement, son crédit ne lui coûte rien ! Elle a donc réussi à bien traiter sa dépendance psychologique. *Source : 43ème Journée annuelle de nutrition et de diététique (31 janvier 2003).

Les conseils du Dr Christine Dupont.

Quelles sont les conséquences de l'arrêt du tabac sur le système cardio-vasculaire ? Le système cardio-vasculaire - cœur, artères, veines et microcirculation - est une fonction touchant l'ensemble des tissus de l'organisme.« En France, environ 40 % de la population française fume régulièrement. Au total, le tabac tue 60 000 personnes par an et est à l'origine d'un tiers des cancers. » Les conséquences du tabac sont observées à différents niveaux et donc l'arrêt aussi. Schématiquement, le sevrage tabagique va permettre : • un arrêt d'apport de monoxyde de carbone, gaz nocif présent dans la fumée de cigarette qui prend la place de l'oxygène sur l'hémoglobine du sang. Grâce à une bonne oxygénation de ses cellules, le fumeur qui arrête la cigarette va retrouver du souffle, un dynamisme, une résistance à l'effort. Sa peau reprendra des couleurs normales et son teint gris disparaîtra. • ponctuellement une diminution de la fréquence cardiaque de 10% et une diminution de la tension artérielle. Ces éléments seront particulièrement bénéfiques pour le sujet coronarien ou hypertendu. La fumée de cigarette génère des concentrations de nicotine très élevées au niveau des artères. Ce n'est pas le cas avec les patchs à travers lesquels la nicotine pénètre lentement dans l'organisme. Ces patchs de nicotine ont montré leur innocuité et selon les recommandations de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, ils peuvent maintenant être utilisés chez les patients cardiaques et même immédiatement après un infarctus.• au sang de retrouver une viscosité normale. • la suppression de l'effet vaso-constricteur du tabac évitera les spasmes responsables d'accidents cardiaques (crise d'angor, infarctus du myocarde). Les artères du pénis n'étant plus soumises à ce phénomène de vasoconstriction, les troubles érectiles des fumeurs seront améliorés. • de retrouver à l'arrêt du tabac le goût et l'odorat. Le fumeur modifiera son alimentation vers un apport moins important en graisses (nocives pour les artères) et plus important en fruits et légumes, sources de vitamine C aux propriétés antioxydantes.
Légende : Affiche du 31 mai  pour la Journée  mondiale de lutte contre le tabac.
• si pilule et tabac ne font pas bon ménage, c'est à cause des conséquences vasculaires de cette association. Cesser de fumer c'est retrouver l'accès à une méthode de contraception efficace. Les bénéfices de l'arrêt de consommation du tabac sont confirmés à tous les stades de la maladie coronaire. Des études publiées dans les années 1980 avaient déjà montré que les fumeurs ayant fait un infarctus du myocarde et arrêtant de fumer ont une mortalité diminuée de 50% par rapport aux sujets poursuivant leur consommation de tabac. Chez les patients ayant bénéficié d'un pontage coronaire, la persistance du tabagisme augmente de façon importante le risque d'infarctus du myocarde et de réintervention, alors que l'arrêt du tabac ramène ce risque au niveau de celui des non-fumeurs. Les patients ayant bénéficié d'une angioplastie coronaire et qui restent fumeurs ont un risque augmenté d'infarctus et de décès. Dans les suites d'un infarctus du myocarde, le risque de décès par trouble du rythme est inférieur dans le groupe des patients ayant cessé de fumer par rapport à celui des fumeurs. L'ensemble de ces données montre que chez le patient coronarien, l'arrêt de la cigarette est bénéfique avec une réduction significative de la morbidité et de la mortalité coronaires. Il y a peu de démarches médicales ou chirurgicales qui puissent donner un bénéfice aussi rapide et aussi important dans le cadre de la prévention secondaire et cela pour un coût négligeable et sans risque d'effets délétères.« *Source : 43ème Journée annuelle de nutrition et de diététique (31 janvier 2003). »

Quelques chiffres* :

Faut-il le rappeler ? En France, près de 40 % de la population adulte fume régulièrement ! Même chose pour la moitié des jeunes adultes de 18 à 24 ans. Pourtant, depuis 25 ans, on observe une baisse du nombre de fumeurs chez les hommes, contrairement aux femmes de plus en plus accrocs à la cigarette ! Au total, le tabac tue 60 000 personnes par an de façon prématurée suite à des problèmes respiratoires et cardiovasculaires. Le tabagisme est également à l'origine d'un tiers des cancers.
Les conseils du Docteur Anne-Laurence Le Faou, Tabacologue à l'Hôpital Européen Georges Pompidou de Paris. Savoir Maigrir : Est-ce qu'arrêter de fumer signifie forcément compenser en se jetant sur la nourriture ? Dr Le Faou : Arrêter de fumer n'est pas forcément synonyme de troubles du comportement alimentaire. Les candidats au sevrage ont souvent peur de prendre du poids. Il leur suffit de suivre des conseils diététiques simples et un traitement adapté à leur besoin nicotinique. En effet, lorsque les personnes sont dépendantes physiquement du tabac, il est important de prendre des substituts nicotiniques pour diminuer leur prise de poids. Le tabacologue donne également des conseils diététiques. Mieux vaut remplacer la traditionnelle cigarette par des fruits. Il est essentiel de manger légumes, poissons et viandes maigres et de s'abstenir de tout grignotage. En aucun cas, il ne s'agit de se livrer à un régime restrictif. S.M : Faut-il mieux diminuer progressivement la cigarette pour arriver à s'en passer ? Dr L.F : Je ne conseille pas d'arrêter progressivement. Sinon, les fumeurs tirent encore plus sur leur cigarette et absorbent davantage de produits toxiques. S.M : Quelle prise en charge peut-on proposer aux fumeurs ? Dr L.F : Les personnes très dépendantes qui ont beaucoup d'antécédents d'échecs ont besoin d'une aide personnalisée. Lors de la première consultation, le tabacologue pose différentes questions concernant la motivation, l'ancienneté du tabagisme, la dépendance physique, psychologique, les antécédents médicaux, dépressifs, le niveau d'anxiété, la consommation d'alcool et autres produits (cannabis, médicaments...). Il est là pour répondre aux interrogations et craintes du patient. Le spécialiste propose alors une prise en charge adaptée. Lors du suivi, le spécialiste surveille le bon déroulement du traitement. Si ce dernier est bien dosé, il n'y a pas de raison pour que le patient se précipite sur la tablette de chocolat. Il ne faut donc pas hésiter à parler du moindre problème, même alimentaire. En général, les échecs sont dus à une dose insuffisante de substituts nicotiniques (en vente en pharmacie : timbres, comprimés, gommes, inhaleur). Les personnes moins dépendantes peuvent s'adresser à leur médecin généraliste ou à leur pharmacien.

Pour plus d'infos :

Drogues, Alcool, Tabac Info Service : 113 Accessible 24h/24, anonyme et gratuitAccueil, informations, écoute, conseils et orientation. Internet : www.drogues.gouv.fr Tabac Info Service : 0 825 309 310 (0,15 E/minute)Accueil, informations (envoi de guides) et possibilité de rendez-vous avec des tabacologues.

A lire :

Arrêter le tabac. Dr Etienne André. Collection " Le guide de votre santé ". Editions Privat. 7 €. Disponible en pharmacie.Source : Pierre Fabre Santé.