Le tabou des plaisirs solitaires

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Masturbation : le mot ne date pas d’hier et il a déjà fait une belle carrière de trouble-fête. On attribue à l’écrivain moraliste Michel Eyquem de MONTAIGNE de l’avoir écrit le premier en 1580… mais c’est bien après les Confessions de SAINT AUGUSTIN au début du Vème siècle, et l’acte est connu depuis toujours évidemment, et mal vu presque partout dans le monde. Littéralement, en latin, c’est “se salir les mains”. À deux, passe encore, bien qu’en parfaits hypocrites on raconte que ces jeux de doigts relèvent plus du “prélude” que du “rapport sexuel” proprement dit. Mais, solitaires, ces plaisirs sont toujours considérés comme une erreur et une faute. Parler “d’onanisme” n’est pas non plus un cadeau de consolation de l’ordre moral ambiant, puisque cette fois-ci l’allusion à un personnage de la Bible, Onan - qui usa de la “méthode du retrait” (déjà à la mode du temps de Judas !) pour ne pas féconder la veuve de son frère et qui en mourut - aggrave encore plus les menaces, brouillant les pistes et créant un amalgame entre toutes les formes de plaisirs érogènes qui entravent ou interdisent la fécondité. Cette confusion prend l’allure d’une croisade surréaliste dès 1760, sous la plume d’un certain Simon-Auguste-André-David TISSOT, dont l’ouvrage "L’onanisme ou dissertation sur les maladies produites par la masturbation” dont on dit qu’il a connu quatre-vingt éditions successives ! Ce complot contre le sens commun va durer deux siècles, et de nombreux médecins et éducateurs se compromettront pour y ajouter des contributions ridicules… La peur des “habitudes vicieuses”, comme on les nomme encore dans des textes d’avant mai 1968, est donc très profondément imprimée dans notre conception de la sexualité, si bien qu’avant de savoir comment la surmonter il faut en comprendre la légende. Autrement dit, rien ne sert de croire à une improbable "libération des mœurs" si c’est pour être encore moins heureux qu’avant.
 
Notre civilisation n’a mis en action que tout récemment une "culture de la jouissance", succédant à un système de valeurs qui privilégie la conjugalité et la procréation. « Il existe un lien évident entre la méconnaissance que les femmes ont de leur corps et leur incapacité à jouir »À l’évidence, les bienfaits de ces bouleversements se font attendre, comme si le bonheur exigeait d’autres contributions que la désobéissance et l’usage désordonné des corps. Pour que l’amour soit une fête il faut en apprendre les règles du jeu, en fonction de sa propre sensibilité, de son passé, de sa nature, évidemment, mais en tenant compte aussi de la personnalité, des attentes et de l’expérience d’autrui. Prenons l’exemple des sentiments : pour certains (ce n’est pas une exclusivité féminine) le plaisir est indissociable d’un réel engagement amoureux, alors que pour d’autres personnes, au contraire, l’investissement affectif est considéré comme un handicap au déploiement du désir.
 
Et s’il en allait de même en ce qui concerne l’orgasme auquel on peut parvenir par masturbation ? Autrement dit, ne faut-il pas s’interroger sur le sens que l’on peut lui donner, avant de la considérer comme une conquête sur les préjugés et les tabous ? Pour les garçons, c’est un peu spécial, même s’ils ressentent comme les filles la nécessité d’explorer les capacités sensorielles de leur sexe, après la puberté l’instinct assurant dans l’éjaculation une récompense automatique. Interdits et culpabilité vont agir, mais de façon moins efficace, comme si les pulsions génitales masculines qui se manifestent dans la masturbation représentaient un pronostic favorable de fertilité - en tous cas un gage de bon fonctionnement de l’érection - en quelque sorte plus facilement dédouanées des intentions impudiques que l’on va prêter systématiquement aux filles. Pour dire les choses simplement, on peut faire croire que l’éjaculation devance le désir, que c’est plus fort que soi, et pour preuve, ces “pollutions nocturnes” dont la survenue involontaire a créé bien des soucis aux religieux de toute obédience…
 

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