Un autre regard sur l'obésité

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En France, l’obésité touche cinq millions de personnes et ne cesse d’augmenter. Cette maladie chronique nécessite une meilleure écoute et une prise en charge plus solide. Car les personnes obèses ne souffrent pas seulement de problèmes de santé mais également de discrimination et de solitude, aussi bien dans leur vie familiale, intime que professionnelle. Mal comprises, elles doivent évoluer au sein d’une société peu tolérante. Quelles sont les réelles perspectives d’avenir pour faire en sorte que l’obésité ne soit plus montrée du doigt et que le regard qu’on lui porte change enfin ?

Sait-on vraiment comment vit une personne obèse au quotidien ? Peut-on s’imaginer un instant qu’elle puisse souffrir de discrimination, de solitude, de problèmes de santé, sexuels et sociaux ? Pas sûr, surtout lorsque beaucoup s’imaginent encore que l’obèse est une personne qui manque de volonté, qui n’arrive pas à contrôler son comportement alimentaire et qui ferait mieux d’arrêter de manger pour maigrir un peu. De ce raisonnement simpliste découlent les insultes et les humiliations que l’obèse ressentira tout au long de sa vie, aussi bien à l’école que dans sa propre famille, au travail, mais aussi au sein d’une société dont il voudrait pourtant faire partie, mais qui le rejette. Cette discrimination, démontrée par les sociologues, est notamment entretenue par des stéréotypes, tel que celui de la minceur à tout prix. Céline, 34 ans, 1m75, belle blonde plantureuse et directrice de clientèle dans le recrutement des médecins, est bien placée pour témoigner de cette discrimination dont elle a fait l’objet pendant des années. A 24 ans, elle pesait 124 kilos. Malgré des études aux beaux-arts et d’architecture, elle a connu une période de chômage qui a fini de l’achever. « Je n’avais pas du tout les formes physiques requises pour l’emploi. A l’ANPE, on m’a proposé des stages pour apprendre à faire un CV, sans même regarder le mien. Lorsque j’ai postulé dans un supermarché, une femme m’a demandé si je savais lire alors que je venais de remplir un questionnaire. Les allusions sur mon obésité n’ont jamais été directes, comme si les recruteurs avaient honte de me dire qu’ils ne m’embauchaient pas parce que j’étais grosse ». Sur ce sujet brûlant de l’emploi, Jean-François Amadieu, sociologue et directeur de l’Observatoire des discriminations, précise que les chances d’obtenir un emploi sont en effet considérablement diminuées pour une personne ayant une surcharge pondérale. D’ailleurs, son observatoire des discriminations a réalisé un testing par envoi de CV en avril dernier. Constat : un candidat obèse reçoit deux à trois fois moins de réponses positives (invitations à un entretien) que des candidats de poids moyen. Quant à Céline, elle en a voulu à cette société qui véhicule l’image d’une femme qui n’a pas le droit à l’erreur, qui doit être parfaite, belle et intelligente. Son histoire montre, surtout, que l’obésité a des causes multiples et parfois lointaines.
 

L’histoire de Céline, pour mieux comprendre

Céline a toujours eu des formes mais ses rondeurs n’en n’ont jamais fait une enfant en surpoids ou obèse.« La prévention, c’est respecter le fait que la nourriture est un plaisir, une culture, une transmission de partage, mais aussi l’individu, son développement, sa différence. » Les problèmes ont commencé lorsque sont survenus la séparation de ses parents et l’éloignement de sa mère. « Cette situation a été très pénible psychologiquement et m’a affaiblie. Mais trois évènements ont véritablement déclenché mon obésité : tout d’abord, ma sexualité, car je renvoyais l’image d’une jeune femme appétissante que je n’arrivais pas à gérer. J’ai culpabilisé et j’ai été très complexée ; puis, alors que j’étais retournée vivre avec ma mère à 13 ans, j’ai dû à nouveau m’éloigner d’elle à 16 ans pour faire des études supérieures à 400 km de la maison. J’ai vécu cette séparation comme un nouvel abandon alors que j’en avais fait le choix ; enfin, j’ai décidé d’entreprendre des études que ma mère n’approuvait pas vraiment ». Tout au long de son parcours d’étudiante, Céline se met la pression, se répétant sans cesse qu’elle n’a pas droit à l’erreur. Son enjeu : réussir. «  Tout en étant fière de moi, ma mère doutait de mes capacités. Voilà pourquoi j’ai toujours voulu me surpasser et chercher sa reconnaissance, son regard aimant qui m’a manqué pendant des années. C’est terrible car quoi que vous fassiez, vous cherchez toujours à faire mieux et plus. J’ai donc compensé avec la nourriture et pris trois-quatre kilos tous les ans, doucement mais sûrement. Psychologiquement, je ne m’en rendais pas compte puisque la pression ne portait pas sur mon physique mais sur mon avenir professionnel. A 16 ans, je pesais 75 kilos. A 24 ans, j’ai atteint les 124 kilos ». Cet abandon de la mère qu’a vécu Céline dès son plus jeune âge est l’un des éléments constitutifs du surpoids et de l’obésité que met en relief le Docteur Bernard Waysfeld, psychiatre et nutritionniste. « Lorsque l’on se penche sur la vie affective d’une personne obèse, il est intéressant de différencier les conséquences engendrées par l’obésité, telles que la discrimination, l’exclusion, la souffrance et l’élément constitutif du surpoids, comme le mauvais apprentissage des conduites alimentaires, la façon dont chacun traite les conflits auxquels il est confronté, et le manque d’amour ».

 
 

Mots clés : obésité

« Il faut sortir de cet état de panique. L’obésité est une maladie chronique mais c’est la seule à être stigmatisée ainsi. Cette peur inculquée fait que tout le monde se croit potentiellement obèse et devient incapable d’accepter un poids différent des courbes. Il faut prendre conscience que tout le monde ne peut pas faire un 38 »
Sylvie Benkemoun, Allegro Fortissimo.

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